Pensées

(actualisé le )


Durée de la vie de l’homme ? Un moment. Sa substance ? Changeante. Ses sensations ? Obscures. Toute sa masse ? Pourriture. Son âme ? Un tourbillon. Son sort ? Impénétrable. Sa réputation ? Douteuse. En un mot, tout ce qui est de son corps : comme l’eau qui s’écoule ; ses pensées : comme des songes et de la fumée ; sa vie : un combat perpétuel et une halte sur une terre étrangère ; sa renommée après la mort : un pur oubli.

Qu’est-ce donc qui peut lui faire faire un bon voyage ? La seule philosophie. Elle consiste à empêcher que le génie qui habite en lui ne reçoive ni affront ni blessure ; à être également supérieur à la volupté et à la douleur ; ne rien faire au hasard ; n’être ni dissimulé, ni menteur, ni hypocrite ; n’avoir pas besoin qu’un autre agisse ou n’agisse pas ; recevoir tout ce qui arrive et qui lui a été distribué comme un envoi qui lui est fait du même lieu dont il est sorti ; enfin, attendre avec résignation la mort, comme une simple dissolution des éléments dont chaque animal est composé. Car si ces éléments ne reçoivent aucun mal d’être changés l’un en l’autre, pourquoi regarder de mauvais œil, pourquoi craindre le changement et la dissolution de tous ? Il n’y a rien là qui ne soit selon la nature. Donc point de mal.

Pensées, livre II, art. 17,
Marc Aurèle

(121-180 après J.-C.)


A voir, lire :
Sénèque, De la briéveté de la vie

Voir en ligne : Stoïcisme et perspectives