Modernité et éthiques contemporaines

(actualisé le ) par Stéphane LEVEQUE

Ethiques contemporaines (Affiche verso)
Ethiques contemporaines (Affiche recto)

Compte-rendu personnel des conférences données par M. Thierry Machefert en octobre, novembre et décembre 2009.


Sommaire

Introduction

Le passage d’une morale antique à une morale moderne nécessite d’identifier le point de rupture manifestant cette transition. Des choix de lectures et d’interprétations sont donc nécessaires, notamment au travers de l’étude des philosophies développées par Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant, Friedrich Nietzsche et Jean-Paul Sartre.

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  • Les liens avec les philosophies antiques
    • Le bien, la référence morale est inscrite dans la nature pour les philosophies antiques : Les notions de Phusis/cosmos renvoi à un certain ordre. Faire le bien, chercher à bien vivre, c’est chercher à coïncider, être en harmonie avec cet ordre naturel.

      Pour Platon, par exemple, cet ordre est intelligible, non sensible. Alors que Pour Aristote, la réalité à une dimension sensible importante.

    • Ce conformer à cet ordre de la nature, c’est d’abord un travail de la raison (même pour Epicure), un travail de nature rationnelle.
    • La non coïncidence à cet ordre conduit à la souffrance, dans le cas contraire, au bonheur compris comme ataraxie (absence de troubles).

La philosophie peut-être perçu comme une thérapeutique.
L’ordre moral préexiste à l’homme, qui n’est qu’un élément dans cet ordre des choses.

Rémi Brague, auteur contemporain, dans son essai « La loi de Dieu », qui fait suite à « La sagesse du monde » parle de cosmonomie (la loi du cosmos, Nomos : la loi en grec). Il y étudie le passage de la cosmonomie à la théonomie (monde judéo-chrétien puis musulman). La période médiévale étant importante pour ce passage.

C’est la volonté divine qui dicte alors sa loi, on adhère à l’ordre divin. Cet ordre se personnifie en un être qui édicte sa loi.

Il existe des zones de « jonctions » entre ces deux notions, qui donneront naissances à des hérésies dans le monde chrétien, au panthéisme ainsi qu’à la philosophie de Spinoza : Dieu, c’est la nature.

Les morales issues d’une cosmonomie ou d’une théonomie sont des morales hétéronomes (notions d’extériorités/altérités) : La loi est donnée du dehors à celui à qui elle s’adresse.

L’idée révolutionnaire de la « modernité », le point de rupture est le passage de morales hétéronomes à des morales de l’autonomie.

Autonomie morale : Le sujet se donne à lui-même les termes de la moralité. Elle coïncide avec l’avènement de la subjectivité, ou la naissance de l’individuation, qui trouve son fondement scientifique chez Descartes notamment (mais aussi chez Newton ou Galilée).

Dans l’antiquité, les lois physiques sont dans la nature. Alors que maintenant, c’est l’homme qui produit les lois physiques.
Pour Aristote, par exemple, le stylo tombe car il est lourd (propriété intrinsèque : la pesanteur) ou la flamme s’élève car elle est par nature légère.
Ce qui n’a aucun sens en physique moderne : le stylo est soumis à une gravité, dont l’homme va en donner une formulation.

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  • La notion de liberté

Ce que Kant a appelé les « lumières » ont imposés cette idée d’autonomie du sujet morale. Se dégage alors une valeur centrale qu’est la liberté, au sens moderne, c’est à dire individuelle. Il faut respecter la personne, c’est à dire sa liberté.
Cela se traduit par exemple en droit, par le fait qu’il vaut mieux torturer quelqu’un de consentant que de faire du bien à autrui contre son gré (Voir le procès du « lancée de Nain » en Amérique du Nord, alors que l’activité est revendiquée par les Nains eux même). Ce qui pause la problématique de la contradiction morale de cette notion de liberté.

L’originalité de la pensée de Rousseau est de mettre la liberté au centre de l’essence de l’homme. Alors que pour les philosophies antiques, c’est la raison. Mais il se réfère encore à une volonté divine, à un créateur, à une théonomie.

Le point de départ commence avec le christianisme, il conditionne la modernité, notamment à cause de la pensée de l’incarnation, et par la ressemblance de l’Homme à Dieu, donc porteur des attributs de la divinité (double nature du Christ).

L’autonomie devient donc le fondement de la morale et fait reposer la morale sur cette valeur de liberté, mais ce faisant, elle pause un problème de fond car elle conduit intrinsèquement à en saper ce fondement :

    • La liberté est alors la condition de toute morale puisqu’elle est la condition de toute responsabilité. On ne peut être morale qu’à condition d’être libre (Important dans la théologie chrétienne : être morale, c’est aimer Dieu, mais il faut être libre pour cela).
    • Agir conformément à la morale, c’est agir conformément à une norme. Il y a alors antinomie entre liberté et normativité. Plus une morale se fonde sur la liberté, moins elle est normative.

Le critère du bien agir dans les philosophies antiques, dans une cosmonomie, est de coïncider avec l’ordre du monde, ce qui conduit au bonheur. Dans une théonomie, c’est de coïncider avec la volonté divine (exemple : Les 10 commandements).
Dans la philosophie « moderne », l’on est moral si l’on respecte l’expression de la liberté. Et immoral quand on la refuse : La morale conduit à tout permettre.

Or, une norme qui permet tout est une norme qui ne sépare plus, et donc n’est plus une norme.

Cette aspect est assumé par les philosophes modernes, notamment chez Nietzsche : par delà le bien est le mal. Sauf Sartre qui refuse de passer outre ce bien et ce mal, ce qui le mène à une aporie.
Ce qui conduit certains philosophes à considérer le droit comme n’ayant pas de rapport à la morale, il est juste là pour régler des conflits de libertés.

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  • L’on peut penser l’histoire de la morale moderne en quatre temps :
  1. Avec Rousseau, penser une norme, un ordre moral en l’homme en tant qu’image de Dieu. L’on peut donc faire l’économie d’une institution religieuse (point commun que Rousseau à avec certaines formes de protestantisme).
  2. Penser une norme morale en l’homme sans référence au Divin. La première forme de cette nouvelle étape est la raison qui remplace la transcendance, notamment avec Kant. La difficulté avec la philosophie de Kant est le formalisme de sa morale « rationnelle » (voir son ouvrage « La Religion dans les limites de la simple raison »).
  3. Disjoindre la liberté de la raison pour en faire un fondement autonome. C’est la volonté du sujet qui produit la morale. Notamment avec la philosophie développée par Sartre. Mais qui le conduit à une aporie (à une impasse).
  4. Renoncement à tout ordre moral, à toute catégories. Notamment avec Foucault. Et dont Nietzsche est le précurseur de ces philosophies.

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Rousseau, la morale au coeur de la conscience
Conférence du 16 & 17 octobre 2009

Emmanuel Kant, la Philosophie critique et la méthode transcendantale
Conférence du 13 & 14 novembre 2009

Les morales post-kantiennes : La pensée morale de Friedrich Nietzsche, l’existentialisme Sartrien et les morales minimalistes
Conférence du 11 & 12 décembre 2009

Voir en ligne : Stoïcisme et perspectives