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Qu’est-ce que la philosophie ? De l’Académie de Platon à l’Ecole d’Aristote

samedi 2 novembre 2013 par Stéphane LEVEQUE

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Compte-rendu personnel de la conférence « Qu’est-ce que la philosophie ? De l’Académie de Platon à l’Ecole d’Aristote » donnée par M. Thierry Machefert les 28-29 janvier 2011.


Sommaire

Introduction

Dans la période qui sépare les philosophies antiques d’avec les philosophies modernes, le christianisme va réutiliser les concepts et les éléments de la pensée antique pour penser la révélation chrétienne, d’où naîtra la théologie.

La distinction entre "morale" et "éthique" n’est que conventionnel. Les deux termes ont étymologiquement le même sens, l’un dérive du latin, "mos/mores", et l’autre du grec, "ethos". Ils désignent ce qui concerne les mœurs et plus généralement l’agir humain, une philosophie pratique : la notion de philosophie morale est étrangère à l’antiquité car la philosophie s’applique à l’agir, à la dimension pratique de l’existence.

Il y a trois champs de l’application de la pensée, du savoir :

  • La theoria.
  • La praxis.
  • La technè / poièsis (Notion valable aussi bien pour la production matérielle que pour les arts. Il n’y a pas la distinction moderne de ces deux domaines).

La philosophie pratique contemporaine est circonscrite désormais à certains champs (Médecine, bio-médical par exemple) et non à l’ensemble de l’activité humaine, à la vie courante, comme elle l’était à la période antique.

Aujourd’hui, il y a deux grandes conception de la morale :

  • Une morale du devoir d’origine Kantienne.
  • Une morale issue de la pensée antique, une morale de la prudence d’origine Aristotélicienne.

Ce qui caractérise la morale Kantienne, transcendante, est qu’elle est le produit d’une norme formelle, abstraite, produite par la raison. Le courant qui s’inspire d’Aristote la trouvant trop formelle, car la morale de celui-ci se situe dans le champs de la contingence, du variable : la raison est appliquée à du particulier (Ce qui n’est toutefois pas du relativisme).

Un troisième courant existe dans le monde anglo-saxon, de type utilitariste. C’est une pensée de l’action qui vise à sortir de la question du bien, de la référence au bien. Elle cherche à penser l’action hors de la morale : Qu’elle est l’action qui va produire la plus grande quantité de bonheur ?
Alors qu’Aristote pense la morale à l’intérieur du particulier sans sacrifier à l’idée de bien.

La constante des morales antiques est que le bien est inscrit dans la nature, dans l’ordre de la nature, le "cosmos" : le monde est organisé, ordonné d’une manière déterminée. Cette idée est abandonnée dans les pensées modernes : Naître maître ou esclave, par exemple, est un fait social et non plus un état de fait naturel.

Faire le bien dans l’antiquité, c’est suivre cette ordre des choses. Ce qui va différencier les différentes traditions, ce sont les façons d’organiser cet ordre :

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Histoire de la pensée
  • Pour Platon la nature est intelligible. Ce conformer à l’ordre est une activité intellectuelle (Théoria).
  • Pour Aristote la nature est contingente. Le sensible n’est pas absent de cet ordre des choses.

Vivre bien, c’est donc comprendre l’ordre de la nature de manière à la suivre. Et le signe en est le bonheur, l’ataraxie (absence de troubles) : La philosophie antique est une philosophie eudémoniste, une philosophie de la recherche du bonheur.

Le philosophe Rémi Brague utilise le terme de cosmonomie [1].

Cette cosmonomie va à l’époque médiéval se mue en théonomie. Le moyen-âge remplace la nature par Dieu. Vivre bien, est alors de se conformer à la loi de Dieu qui à créé le monde. Or penser le monde comme créé est différend de penser le monde comme monde, le rapport au créé n’est plus le même.

Dans les deux cas, ce sont des morales hétéronomes, dans lesquels la loi est extérieure, étrangère à l’homme, préexistant à lui.
La pensée moderne, à partir de Descartes, qui va s’imposer avec les Lumières, avance au contraire l’idée de morale autonome. Celle-ci devient une production de l’homme.

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Ce qui caractérise la philosophie antique (Grec) est la recherche d’une justification rationnelle de bien conduire sa vie.
Philein (aimer) Sophia (sagesse) : Le grec ne distingue pas la sagesse, la possession d’un savoir d’avec la conduite droite de son existence. Philosopher, c’est donc penser la vie pour l’orienter le plus droitement possible. C’est le sens pratique et non ce qu’il faut penser qui est prépondérant [2].

La philosophie occidentale s’est éloignée de cette conception depuis l’époque médiévale en mettant l’accent sur l’aspect logique.

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Au commencement de la sagesse : de Socrate à Aristote


Sagesse et philosophie

L’enseignement de Socrate était oral, mais nous la connaissons par les Dialogues de Platon, qui fût l’un des ses disciples, à l’instar de Xénophon.

Les Sept sages sont les sept figures majeures parmi les philosophes présocratiques : Stilpon, Chilon, Thalès de Milet, Pythagore, Empédocle, Phérécyde, Anacharsis. Et nous connaissons leurs enseignements notamment par les textes gravés sur le fronton de l’oracle de Delphes, comme le « Connais-toi toi-même » de Chilon.

Dans les sages présocratiques viennent ensuite, Parménide d’Élée, Héraclite d’Éphèse ou Empédocle.

Socrate va donner une certaine forme à cette sagesse que l’on va finir par nommer philosophie, que l’on fait commencer à cette période car elle naît de la rationalisation de la pensée de l’ordre du monde. Il s’agit d’appliquer l’ordre de la raison à l’ordre du monde. On applique donc un ordre à un autre ordre comme plus tard le christianisme appliquera l’ordre de la philosophie à l’ordre de la révélation chrétienne.

L’on passe de l’explication par le mythe, à l’explication par la raison. Les deux modes d’explication ne s’opposant pas. Le mythe met en chair, incarne une grande question par exemple, sous une forme d’image, de récit.
Socrate utilise le mythe pour l’expliquer ensuite (exemple : l’allégorie de la caverne). Il y a donc :

    • Une structuration logique de la pensée (Le mythe n’en a pas besoin car il évoque).
    • Une conceptualisation, une mise en concept.
      C’est à dire que l’on détermine un sens particulier que l’on donne à quelque chose. Par exemple, "la liberté" n’est pas un concept car chacun en a une vision souvent différente.
      La philosophie, c’est le "Quid est ?", la production de concepts.
    • Une rationnalisation du réel.

Ce que ne fait pas le mythe.

  • Ce qui caractérise la sagesse dans l’antiquité est ce qui se dit " areté " : l’excellence, la perfection (Dans le sens de faire ce qu’il y a de meilleur possible dans une situation donnée, avec les moyens dont on dispose).

    La vertu à une signification plus générale que simplement morale : c’est la droiture, la recherche de l’excellence. Par exemple, être bon en mathématique est une vertu, c’est le développement d’une capacité inhérente à nos possibilités.

  • Cette excellence qui caractérise la vertu est d’abord l’affaire de quelques aristocrates . Et ceci parce que, dans la pensée antique, la nature, le cosmos, les a disposée à cette excellence (aristo : meilleur, crates : qui ont le pouvoir). Il n’y a pas de notion de mérite, ni de choix.

    Dans cet esprit, Aristote, dans le livre I des "Politiques" va critiquer certaines formes d’esclavage : les prisonniers de guerres. En effet, ils sont par nature des hommes libres. Les mettre en esclavage, c’est contrarier l’ordre des choses, la corrompre.

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Les Sophistes (exemple : Gorgias, Protagoras)

Ces derniers vont bouleverser cette vision.
Ils se référent à la sagesse, se sont des savants, des professeurs et pédagogues, et ils prétendent enseigner et transmettre la savoir, l’excellence dans les sciences qu’ils enseignent en la rendant accessible à tous. Et ce qui importe pour eux est tout autant la science de la manière de les transmettre que les sciences elles-mêmes.

Platon va critiquer cette vision pour trois raisons :

    • C’est un aristocrate, que tout le monde puisse disposer de la science ne lui paraît pas valable.
    • C’est l’idée que dans la transmission des savoirs, prime la pédagogie. Alors que pour lui, ce qui permet d’enseigner, c’est d’abord de posséder la science en plénitude et non d’être pédagogue.
    • C’est la critique Socratique : la sagesse des sophistes est une fausse sagesse.

Et c’est cette dernière critique qui va ouvrir la porte à ce qui va devenir la philosophie, car elle est plus fondamentale et révolutionnaire que celle portée par les sophistes.

Socrate prétend en effet constituer un nouveau modèle de philosophie et de philosophe.

Les sophistes insistent sur le savoir que l’on transmet ou que l’on est capable de transmettre. Le sophiste est un sage parce qu’il sait.
Or, pour Socrate, le sage n’est pas celui qui sait, mais qui aime la sagesse. L’on passe du sophiste (de "sophia") à philosophe.
Et la condition pour aimer la sagesse suppose de pas prétendre la posséder : on ne désire que ce que l’on ne possède pas.

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Socrate, figure de la philosophie

Ce qui caractérise Socrate est son attitude ironique. Il se présente comme celui qui veut apprendre quelque chose de son interlocuteur, alors que c’est lui qui va enseigner à ce dernier. Il feint de ne pas savoir pour l’amener à prendre conscience de sa propre ignorance.

Ce n’est pas du scepticisme car il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a aucun savoir, mais de prendre conscience de la tension présente en l’homme entre le prix accordé au savoir et l’impossibilité de le conquérir pleinement, totalement. Ce n’est pas non plus du nihilisme, mais de sortir de cette tension constitutive : savoir, c’est avoir conscience qu’on ne sait pas (Platon : "L’Apologie de Socrate", "Le Banquet").

Socrate identifie l’amour, Eros , la figure mythologique du désir, à la philosophie. Il fait une analogie entre le désir et la philosophie : Dans les deux cas, l’on a affaire à des intermédiaires entre le manque et la possession :
Je ne désire pas quelque chose que je possède, et inversement, si je manque totalement de quelque chose, je ne sais même pas que j’en manque et ne le désire donc point.
Le désir se situe donc dans un espace intermédiaire. Rapporté à la philosophie, la possession, c’est le savoir, et le manque, l’ignorance.

Par conséquent, les dieux ne philosophes pas, non plus que les ignorants.

L’ignorance est le fait de ne pas savoir que l’on ignore, de croire savoir. Ce n’est pas le fait d’être dépourvue de savoir. Et les sophistes, sont typiquement ceux qui croient savoir.
Or pour Socrate un philosophe est celui qui sait qu’il ne sait pas.

Pour Pierre Hadot, l’étymologie de la philosophie devient le programme, la voie même de celle-ci.

Dans la IIIe Ennéade, Plotin nous dit que ceux qui seraient totalement privés du bien ne chercheraient jamais le bien. Chercher suppose donc de ne pas avoir trouvé... mais quand même un peu : Philosopher , c’est s’étonner, et on ne s’étonne pas de ce qui nous est étranger.

Socrate fait ainsi entrer l’occident dans l’ère de l’individu, car chercher à savoir ne consiste plus se référer à des experts, mais à se tourner vers soi-même. Il fait sienne la devise "Connais-toi toi même".

D’où la méthode de questionnement de celui-ci, la maïeutique, avec l’idée d’accouchement.

Le point de départ de la sagesse est donc de la vertu, serait une sorte de régression : l’acceptation de son ignorance (mythe de la caverne).

Platon insistera plus sur la phase ascendante, une fois que l’on a pris conscience de son ignorance (Théorie Platonicienne de la remontée). Alors que Socrate insiste sur la phase descendante.

La sagesse est donc d’abord une conversion de l’âme, le fait de tourner son regard dans une autre direction. De cesser de prendre pour vrai ce qui ne l’est pas.

Et pour savoir qu’une ombre est une ombre, en reprenant l’allégorie de la caverne, il faut trois éléments : la source de l’ombre (la lumière), les objets et leurs ombres. Et Platon distingue la doxa, de l’épistéme (la science, le savoir vrai) :

    • Les ombres sont les opinions et les préjugés.
    • Le savoir sont les objets et personnes réels.

Les opinions (la doxa) sont des copies déformés de la vérité mais en ont une forme de ressemblance. Elles sont confuses comme les ombres et s’opposent chez Platon à l’épistémé.

La doxa est ce qui relève chez lui du sensible, qui passe par le sensible, par opposition au savoir vrai, intelligible et purement théorique (accent mis sur la Théoria). La véritable réalité est l’idée de la chose.
Le sensible est ce qui nous abaisse vers l’erreur si nous les prenons, ces données sensibles, pour la réalité. Mais si nous prenons conscience que l’opinion n’est que de l’opinion, alors il est possible de s’élever.

En reprenant l’allégorie de la caverne, les prisonniers sont tournés vers les parois de celle-ci et sont enchaînés de façon à ce qu’ils ne puissent pas tourner leur tête. Et pour se libérer, pour en avoir la volonté, il faudrait d’abord qu’ils réalisent qu’ils sont enchaînés.

La condition première de leur libération est qu’il faille quelqu’un de l’extérieur. D’où l’idée chez Platon de l’éducation : Donner envie de se libérer.

Et celui qui vient de l’extérieure de la caverne est la figure du philosophe.

Mais cette libération philosophique provoque d’abord un confusion. La réalité paraît moins claire que les ombres. Une fois dehors, l’on regarde plus facilement les ombres que la réalité en pleine lumière dont elles sont les produits.

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Le mythe de la caverne 1 sur 3

Par exemple, chez Platon, les objets mathématiques font partis de ces ombres extérieures. Ce sont une première image de la réalité intelligible parce qu’ils produisent des généralités.
Le soleil est pour lui l’image du bien. Et celui-ci n’est pas une valeur, mais ce qui permet d’accéder au savoir.

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Le mythe de la caverne 2 sur 3

Le troisième grand temps de cette allégorie, une fois dans la vérité, et le moment où l’on prend pitié de ses anciens compagnons de captivité. C’est le retour dans la caverne et l’enseignement, mais ce qui apparaît le plus important à ces derniers est devenu méprisable.

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Le mythe de la caverne 3 sur 3

La différence entre Socrate et les sophistes portent sur l’enseignement et non pas sur le fait d’enseigner ou de ne pas enseigner : Bien vivre, c’est chercher à savoir d’abord, et cela suppose de prendre conscience que l’on ne sait pas.

Nul n’est méchant volontairement car la cause du mal est justement l’ignorance. Rechercher la vertu est d’abord une affaire de connaissance et non de morale. L’on parle chez Platon "d’intellectualisme moral". L’acte morale qui est le retour dans la caverne est précédé par la recherche de la connaissance. L’on est d’autant plus bon et vertueux que l’on est orienté vers le savoir.

Ce qui nous empêche d’accéder à la connaissance intellectuelle, noésis, pour Platon, c’est le désir sensible.
Il faut donc soumettre les désirs sensibles (épitumia), et le courage, l’ardeur (thumos), le coeur, à cette noésis. D’où l’idée Platonicienne que le corps est le tombeau de l’âme (Phèdre, 250c).

La source de la vie morale est la connaissance des idées (Eidos), des formes intelligibles des choses. La connaissance se trouve dans la généralisation qui s’élève au dessus de la contingence, au dessus du particulier.

Vivre bien, c’est chercher à connaître la forme générale des choses, allez au delà du sensible, du contingent, pour aller vers le général.

Cherchez à connaître le bien suppose, comme chez Aristote, de prendre "le bon plie", de s’exercer. Il faut dépasser cette attirance pour le sensible et s’élever vers les idées.
Pierre Hadot dans "Qu’est-ce que la philosophie antique ?" ( Paris, Gallimard, 1995) évoque les exercices spirituels chez Platon.

La philosophie Platonicienne est aussi un mode de vie qui nécessite donc un exercice considérable et quotidien dans lequel l’on fait plus de cas des vertus que des choses sensibles.
Ces pratiques étaient en usage dans l’école que va former Platon, l’" Académie " ( Aristote fondera le Lycée avec les péripatéticiens , Epicure , le Jardin et les Stoïcien , le Portique ).
Sur la fin du Timée, Platon affirme qu’il est nécessaire d’exercer les parties supérieures de l’âme, qui relèvent de la noésis et qui doivent gouverner le thumos (courage) et le désir sensible (épitumia). Par exemple, l’idée d’un exercice de préparation au sommeil est évoqué dans la "République" (571-572), et dans les "Lois", il conseil de dormir peu.

Et philosopher est une préparation à l’exercice de la mort ("Phédon" - 64a, sur le bien mourir), c’est s’exercer à mourir. Le philosophe chez Platon s’emploie à détacher son âme de son corps, et s’exercer à mourir est la condition du bonheur. L’existence humaine est pour lui la chute d’une âme dans un corps. Il y a l’idée de renaissance :connaître c’est reconnaître.

En s’exerçant, on développe l’Ethos, le caractère, la disposition à agir. Rechercher les choses intellectuelles nécessite une disposition, un caractère. L’Ethos est quelque chose qui s’exerce, qui est déjà présente, qui se construit, alors que chez Aristote, l’Ethos est une production de l’exercice.

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La prudence chez Aristote

La prudence est la notion qui permet de comprendre la variation issue du Platonisme.
Aristote est un disciple de Platon mais la filiation passe par une certaine rupture. Ce qui est frappant chez Aristote est qu’il insiste sur le domaine, le champs d’application de l’action morale : le contingent. A la différence de la science qui se meut dans le nécessaire.

Le contingent est le domaine de l’action dans lequel on ne peut pas prévoir. Que dois-je faire dans tel ou tel cas ? Et ceci ne relève pas de la réflexion sur l’agir selon Aristote.

La science se dégage de l’expérience sensible pour n’en retirer que ce qui est nécessaire. La vertu de l’action, la prudence ne peux donc pas être une science pour Aristote : Pas de savoir théorique de ce qui est bien ou mal, pas de généralisation possible, pas de théorie possible.
La prudence ne peux donc pas s’enseigner.

Ce n’est pas pour autant que la disposition à bien agir, la prudence, "Phronsis" n’est pas rationnelle : Aristote pense une rationalité pratique. Il y a une science de la prudence particulière.

Dans "Éthique à Nicomaque", Aristote distingue deux types de vertus :

    • Les vertus morales (Livre V)
    • Les vertus intellectuelles (Livre VI)
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      ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 1 sur 6
  • Les vertus (excellence) morales sont les vertus qui touchent aux désirs, à l’excellence du désir.
    Par exemple le courage ou la tempérance.
    Cela ne touche que la qualité du désir, pas ce vers quoi il porte (Il peut être stupide d’être courageux dans certaines situations).
  • Les vertus intellectuelles sont des vertus qui concernent la réflexion, la coïncidence juste entre les moyens et les fins. Elles visent à l’utilisation des meilleurs moyens en vue de la meilleure fin. Il est existe de deux sortes (que Kant reprendra) :
    • Les vertus de l’habileté (vertu de l’artisan par exemple).
      Elles sont indépendantes de la valeur de la fin (L’on peut être un excellent meurtrier ou l’inventeur de la guillotine).
    • Les vertus de la prudence.
      L’impératif de la prudence a une fin indiscutablement bonne.
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      ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 2 sur 6

Une fin bonne pour Aristote est une fin dans laquelle l’humanité s’accomplit de la manière la plus excellente dans l’ordre de la nature, elle s’impose.

Et pour cultiver les vertus intellectuelles, il faut d’abord cultiver les vertus morales car ce sont les qualités des désirs qui vont porter vers les vertus intellectuelles.

Faire preuve de vertu morales, c’est tenir le désir dans le juste milieu, entre l’excès et le défaut. Le juste milieu est énoncé par la droite règle (l’Orthos logos).

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ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 3 sur 6

La détermination de la droite règle est justement l’objet des vertus intellectuelles. Et ce sont ces dernières qui déterminent quelle est cette droite règle.

Aristote distingue les vertus intellectuelles par les types d’objets auxquels elle se rapportent : nécessaires ou contingentes.

La partie rationnelle de notre âme qui s’oriente vers les objets nécessaires, il la nomme la partie scientifique.
La partie rationnelle qui s’oriente vers les désirs, les objets contingents, il la nomme partie calculative ou délibérative. Elle cherche la règle dans une situation déterminée et particulière que l’on ne connais pas à l’avance. Contrairement à la partie scientifique qui s’applique à une situation ou la règle est déjà connue.

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ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 4 sur 6
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ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 5 sur 6
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ETHIQUE A NICOMAQUE - Livre VI - 6 sur 6
Âme -> Partie irrationnelle, désirante.
-> Partie rationnelle -> Se porte sur les objets nécessaires.
-> Se porte sur les objets contingents.

Dans les deux cas, il faut chercher l’excellence, l’areté, l’ergon, où l’âme réalise le mieux sa fonction propre.
L’oeuvre propre de l’âme rationnelle dans sa partie calculative est lorsqu’il y a coïncidence entre la rectitude morale et la règle formée par l’intelligence, quand le désir poursuit ce qui est déterminé par la règle droite.
Pour qu’il y est une action morale, il faut qu’il y ai choix et que ce qui est à l’origine du choix dans n’importe quelle action soit un désir et une règle qui dirige ce désir : Choisir, c’est désirer quelque chose qui est orienté par une règle déterminé par l’intellect.

Suivre une règle sans la comprendre est vertueux moralement mais pas rationnellement.
Il n’y a pas d’action si l’on suit une règle sans désir, sans moteur, donc sans choix.

Ce n’est pas la pensée qui imprime le mouvement. C’est la vertu intellectuelle qui permet la délibération et c’est la vertu morale qui permet l’acte.
Quand cette vertu intellectuelle se porte sur les objets contingents, c’est la prudence , la phronesis .
Choisir le meilleur, c’est le résultat d’un intellect désirant ou d’un désir raisonnant.

La prudence, est ce qui permet de délibéré et qui permet de faire le bon choix au bon moment.
La règle de la prudence ne peut se formulée indépendamment, en avant, de la situation.

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Qu’est ce que la prudence ?

La norme de la prudence, c’est l’homme prudent qui la porte. La prudence est incarnée par l’homme prudent. Et comment sais-je qu’un tel homme l’incarne ? : il à déjà fait la preuve de la prudence.

Aristote prend d’ailleurs des exemples d’hommes prudents : Héraclite, Alexandre le grand.

Unes des qualité de l’homme prudent est le kairos : la capacité à choisir le bon moment.

Comment puis-je devenir prudent ? Comment puis-je acquérir cette vertu pratique ? :
On ne peut apprendre à devenir prudent, car on ne peut formuler de règles générales. L’on peut seulement prendre exemple sur des hommes prudents et s’imprégner d’une manière d’agir ; Il faut donc être à leur contact.

Je deviens d’autant plus prudent que je l’exerce dans les situations.
Ce n’est pas une norme que je reçois de l’extérieure. Je forge mon caractère de la prudence, l’ ethos .

Bien vivre, c’est bien délibérer, de correctement utiliser la raison dans des situation contingentes, d’être capable de formuler la droite règle dans une situation particulière. C’est une disposition intellectuelle, la prudence, mais aussi la capacité à cultiver les vertus morales, à cultiver uns certaine disposition à suivre la droite règle.

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Voir en ligne : Stoïcisme et perspectives


Notes

[1Rémi Brague :
"La sagesse du monde. Histoire de l’expérience humaine de l’univers, Fayard, Paris, 1999".
"La loi de Dieu : Histoire philosophique d’une alliance, Gallimard, Paris, 2005".

[2Pierre Hadot, "Qu’est-ce que la philosophie antique ?. Paris, Gallimard, 1995".

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