Que pratiquons nous ?

(actualisé le ) par Nicolas RAGOT & Nadège GIGAN

Que pratiquons nous ? Les plus impliqués d’entre nous savent ce que nous ne voulons pas faire mais peu d’entre nous parviennent à définir de façon positive ce que nous nommons la pratique.
Pour étayer notre propos, nous vous proposons les premières lignes du premier chapitre de Problèmes de philosophie - Bertrand RUSSELL - 1912 « Apparence et réalité » :

« Existe-t-il au monde une connaissance si certaine qu’aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute ? Cette question, qui peut paraître facile à première vue, est en réalité l’une des plus difficiles qu’on puisse formuler. Quand nous aurons pris la mesure des obstacles qui s’opposent à une réponse simple et assurée, nous serons bien lancés dans l’étude de la philosophie – car la philosophie est simplement la tentative pour répondre à des questions aussi ultimes, non pas à la légère ou de façon dogmatique comme dans la vie quotidienne ou même dans les sciences mais d’une manière critique, après avoir exploré tout ce qui rend ces questions embarrassantes et saisi tout le vague et la confusion sous-jacents à nos idées courantes. ... »

Nous suspendons ici la citation, la suite, c’est à nous de l’écrire. Ces lignes sont une invitation à philosopher, à pratiquer et c’est précisément ce que nous vous invitons à faire : prendre la mesure des obstacles, ne jamais répondre « à la légère », « de façon dogmatique », mais saisir « le vague et la confusion sous-jacents à nos idées courantes » ceci, quelques soit les pratiques car il s’agit de La Pratique, celle qui sous-tend toutes les autres. Elle se situe en amont de toutes pratiques du groupe d’étude qui se constitue à chacun de nos séminaires.

B. Russell achève le chapitre avec ces lignes :

« … Si la philosophie ne peut répondre à autant de questions que nous le souhaiterions, du moins a-t-elle le pouvoir de les poser : et par là elle augmente l’intérêt que présente le monde, et révèle, sous les choses les plus communes de la vie quotidienne, leur caractère d’étrangeté et de prodige. »

Nous pourrions substituer tout simplement le mot « philosophie » par « nos pratiques / notre pratique ». Il apparaît alors que l’essence de la démarche qui, si elle n’a ni forme ni chemin, est la pratique elle-même, est la joie de faire usage de notre raison, de notre intuition, de coopérer, de créer un espace/temps où les automatismes , les dogmes, la soif de réussite n’existent plus.
Bref, à l’issue de ces moments partagés, il n’y aura plus lieu pour personne de s’étonner du manque de réponse mais plutôt de se réjouir d’avoir été...

Que pratiquons nous ?