Hiéroglossie et le Heike Monogatari 平家物語 Au Collège de France

par Nicolas RAGOT & Nadège GIGAN

HIEROGLOSSIE

Il s’agit d’une discipline visant à étudier les relations hiérarchiques existant, dans une même langue, entre deux ou plusieurs de ses registres linguistiques, en fonction de leurs origines respectives.

L’auteur, spécialiste du Japon, est parti de la coexistence, en japonais, de termes dits japonais et chinois. Car un même mot, au pays du Soleil levant, peut souvent se prononcer à la fois en japonais et en sino-japonais (une prononciation inspirée du
chinois, autrefois utilisé par la noblesse lettrée). Cette situation nourrit une tension entre des textes de prestige, rédigés en chinois, et une langue indigène pourtant inextricablement sinisée. Il en résulte « une relation hiérarchique entre deux ou plusieurs langues, (…) où la valeur des mots d’une langue est validée par leur référence à une autre », constitutive selon l’auteur d’une Hiéroglossie.

Si l’usage de ce « chinois » est lié à l’élite, le rapport existant entre les deux registres n’est pas forcément figé – femmes et moines, dès le XIe siècle, créent ainsi une poésie typiquement japonaise. Mais, bien qu’elle ne se décline qu’en japonais, cette poésie n’en trouve pas moins son inspiration dans des thèmes d’origine chinoise, montrant en creux la symbiose existant entre ces deux registres.